LES CHOIX A VENIR SUR LES ECOLES
En ces temps de crise(s), il apparaît urgent d’investir dans l’éducation et la formation pour répondre aux défis de l’avenir.
Aussi est-il important d’être au fait des choix politiques qui se préparent quant au fonctionnement de nos écoles. Au cours de ce premier trimestre 2009, doit être examinée la proposition de loi
concernant la création des EPEP (établissements publics d’enseignement primaire). Par ailleurs la Cour des Comptes a publié récemment un rapport intitulé « Les communes et l’école de la
République ». La lecture de la proposition de loi et du rapport permet d’appréhender les enjeux des mois et des années à venir.
Le rapport de la Cour des Comptes révèle que peu de communes ont une politique éducative globale et explicitée, c’est un peu du « coup par coup ».
Certaines communes ont des difficultés à connaître le véritable coût pour elles des écoles primaires. Il existe un flou sur ce que recouvre le terme « fournitures scolaires » et le montant attribué
par élève pour ces « fournitures » varie dans l’enquête de 31€ à 64€ par élève et par an. On note également des disparités dans l’accès aux TICE avec un défaut d’information pour les communes sur
l’utilisation effective de ce matériel et sur le fait de savoir si le matériel fourni est adapté ou non.
Notons que ce rapport ne prend pas en compte un autre facteur d’inégalité dans les écoles, l’existence des coopératives scolaires, cette contribution volontaire demandée aux familles qui est un
apport financier non négligeable au fonctionnement des écoles. Selon les ressources des familles, on peut avoir de fortes variations, et pour une classe de 25 élèves, en supposant une cotisation de
20€ pour l’année, cela peut faire un apport de 500€ si toutes les familles cotisent, de 250€ si la moitié des familles cotisent, sur une école de 10 classes on peut donc avoir une variation de 5000
à 2500€. Où est l’égalité ?
La carte scolaire ou sectorisation n’est pas pour le moment remise en cause dans le 1er degré, mais sa disparition dans le 2ème degré aura certainement des répercussions sur les écoles. Normalement
la carte scolaire est fixée par délibération du conseil municipal. En fait il n’y a pas toujours eu délibération…L’évitement de certaines écoles, des ratés dans la mixité sociale, cela existe aussi
dans les écoles primaires et les maires ont le souci de satisfaire leurs électeurs…
La question se pose également de l’articulation des dispositifs éducatifs et péri-éducatifs mis en place par les communes et par l’Education Nationale avec un risque d’empilement des dispositifs.
Dans le milieu rural l’intercommunalité n’est pas encore privilégiée par les maires pour les questions touchant les écoles.
C’est dans ce contexte que va être discutée la proposition de loi sur les EPEP. Cette loi vise à rendre obligatoire la création d’un EPEP à partir de 15 classes, avec la possibilité de regrouper
des écoles pour atteindre un nombre de classes suffisant. Ces établissements se verraient dotés d’un conseil d’administration de 13 membres (directeur, 4 représentants des collectivités
locales, 4 représentants des parents d’élèves, 3 représentants des enseignants et 1 représentant des personnels non enseignants) et d’un conseil pédagogique, l’actuel conseil des maîtres. On voit
déjà se profiler des fusions d’écoles, pour ensuite pouvoir faire ces EPEP. On voit ainsi la nécessité pour les communes de réfléchir à leur politique éducative, veulent-elles favoriser la
mise en place de ces EPEP ? A qui ces EPEP profiteront-ils ? Pour le moment le seul bénéficiaire c’est l’Education Nationale, cela lui permettrait de gagner des postes de directeurs et certainement
d’enseignants, surtout dans les grandes villes. N’oublions pas qu’actuellement 3218 postes de directeurs ne sont pas attribués, soit 8% des postes, la fonction n’attire guère, la création des EPEP
résoudra-t-elle ce problème ?
Certes il est légitime de vouloir utiliser au mieux les deniers publics et d’être plus efficace dans la gestion des moyens mais il convient que les citoyens soient informés du débat qui se prépare.
On comprend aussi l’inquiétude des enseignants du 1er degré qui se sentent montrés du doigt par leur ministre, qui se demandent si les parents ne vont pas, devant les critiques dont l’école
publique est la cible, confier leurs enfants à l’enseignement privé, n’est-ce pas finalement le rêve secret de ce gouvernement, faire de l’instruction et de l’éducation, des marchandise comme
d’autres et lancer un appel d’offres ?
Agnès MIGAUD